
VICTOR SEGESVARY : LE RÉALISME KHROUCHTCHÉVIEN — Quatrième partie. Les points névralgiques de la politique soviétique
au Proche-Orient -
- Chapitre X. Le conflit arabo-israélien -
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presse jordanienne qui adopte à son égard un ton particulièrement chaleureux
25
Les mêmes réactions ont
lieu au Liban. Ainsi Adnan Hakim, chef des Najjades, groupement nationaliste libanais, a adressé un
télégramme à Beljajev, ministre soviétique à Beyrouth, en exprimant la gratitude des nationalistes arabes
libanais pour l'attitude de l'URSS aux Nations Unies
26
.
Au cours des années suivantes l'Union Soviétique persiste dans son attitude pro-arabe et soutient
continuellement les thèses arabes au Conseil de sécurité. On peut citer pour exemple, le projet de résolution
concernant l'incident de la Galilée, projet soumis par la délégation soviétique le 10 janvier 1956
27
, ou encore
les amendements proposés par le représentant russe à la résolution du Conseil de sécurité le 3 avril
28
.
L'attitude soviétique au Conseil de sécurité en avril et mai 1956 est entièrement différente de celle
exprimée par le communiqué des gouvernements soviétique et britannique publié à Londres le 26 avril 1956.
Dans celui-ci, les deux gouvernements affirment la nécessité d'un règlement du conflit arabo-israélien sur «
une base mutuellement acceptable » par les intéressés. Ce « compromis avec l'impérialisme » cause une
profonde déception dans les milieux nationalistes arabes et leurs réactions hostiles obligent l'URSS à
changer de position, à désavouer les termes du communiqué et à souscrire entièrement aux thèses arabes.
Les délégations arabes présentes aux débats notent avec une satisfaction évidente, le retour de Moscou à
sa position précédente.
Cet épisode révèle clairement l'oscillation de la politique soviétique au sujet du conflit arabo-israélien et
on voit la diplomatie de l'URSS, parallèlement à l'action entreprise à l'ONU, déployer de gros efforts dans les
capitales proche-orientales afin de rétablir la confiance des gouvernements arabes.
En 1957, au cours des débats au Conseil de sécurité sur la crise syrienne, Gromyko n'épargne pas Israël.
Il l'accuse de faire figure de pion sur l'échiquier des puissances de l'Ouest et de se prêter comme base à des
activités hostiles envers la Syrie. Gromyko déclare notamment : « L'expérience montre qu'en poursuivant sa
politique actuelle, Israël ne songe guère à son avenir, ni même à son existence en tant qu'Etat. On dirait qu'il
est en train de scier la branche sur laquelle il est assis
29
».
L'attitude des Soviétiques dans le conflit opposant les Arabes à l'Etat d'Israël, ainsi que le rapprochement
dont nous avons tracé déjà les étapes et qui a atteint son apogée en 1957-1958, portent simultanément des
fruits. Même les dirigeants politiques arabes les plus fidèles à l'Occident se tournent vers l'URSS et lui
accordent leur confiance en vue d'une éventuelle solution du problème de la Palestine. Ils affirment que la
politique occidentale face à Israël ouvre la porte au communisme et à l'influence soviétique au Proche-Orient
en essayant « de récolter l'amitié arabe et la satisfaction des Juifs
30
» à la fois. La politique de Moscou
gagne à un tel point les esprits que le D
r
Charles Malik, ministre libanais des Affaires étrangères d'alors,
soutien le plus fidèle de la politique occidentale dans la région, évoque dans un discours, prononcé en
décembre 1957 devant les correspondants étrangers à Beyrouth, l'éventualité d'une solution surprise du
problème palestinien avancée par les Soviétiques. Cette solution serait entièrement favorable aux Arabes,
mettant les puissances occidentales au défi. « Si cette éventualité se réalise, alors un élément nouveau et
dynamique serait introduit dans la situation moyen-orientale, a-t-il constaté en reconnaissant que le monde
arabe n'est pas moins ouvert aujourd'hui vers l'Asie et vers le monde communiste que vers l'Occident
31
».
25
Ainsi l'article d’Al-Baas du 23 mai 1954.
26
Le texte du télégramme est le suivant : * L'attitude du délégué soviétique au Conseil de sécurité a produit la meilleure
impression dans le monde arabe. Nous remercions votre gouvernement d'avoir appuyé les résolutions arabes +.
27
Nations Unies, Conseil de Sécurité, Documents, Suppléments 1956, Doc. S/3528.
28
Nations Unies, Conseil de Sécurité, Documents, Suppléments 1956, Doc. S/3528.
29
Ibid., vol. 3, 1957, 767
e
séance, 21 octobre 1957, p. 360.
30
Al Difaa, de Jérusalem, AW, 28 août 1957. Voir aussi CPR, 24 mai 1957, reproduisant les commentaires des journaux
cairotes sur la démission de quatre ministres israéliens dans le cadre de la lutte contre la doctrine Eisenhower.
31
Discours prononcé devant l'Association des correspondants étrangers à Beyrouth, AW, 23 décembre 1957.
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