
VICTOR SEGESVARY : LE RÉALISME KHROUCHTCHÉVIEN — Première partie. La nouvelle approche politique -
- Chapitre III. Soutien inconditionnel et ouvert au nationalisme arabe-
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général des Nations Unies devait être chargé de surveiller l'application de cette résolution et en rendre
compte, sans délai, au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale. Soumis au vote, sur la proposition du
Pakistan le 2 novembre, ce projet a recueilli soixante-quatre voix contre cinq (Australie, France, Israël,
Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni) et six abstentions.
Toutefois, ce vote n'a pas suffi à mettre fin aux opérations militaires qui se poursuivent au Proche-Orient.
Au cours d'une séance convoquée le 4 novembre à la demande de l'Egypte, dix-neuf pays représentant le
groupe afro-asiatique déplorent que « les parties intéressées n'aient pas encore accepté de se conformer
aux dispositions de la résolution du 2 novembre » et ils ont fait voter un projet plus original que le précédent,
car il est plus impératif : le secrétaire général est chargé de « faire les arrangements nécessaires avec les
parties intéressées » pour obtenir un cessez-le-feu dans les douze heures. Le vote a été acquis par
cinquante-neuf voix contre cinq (Australie, France, Israël, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni) et douze
abstentions.
De l'aveu même de leurs promoteurs, ces résolutions répondent à une nécessité immédiate : celle
d'obtenir l'arrêt des hostilités et le retrait des troupes du territoire égyptien. Elles ne suggèrent aucune
solution pour aboutir à un règlement durable du conflit. La remarque en fut faite dès le 2 novembre par un
certain nombre de délégués qui s'étaient abstenus de participer au vote du projet américain. L'un d'entre
eux, Lester Pearson, délégué canadien, présente à l'Assemblée, le 4 novembre, une motion « priant le
secrétaire général de lui soumettre de toute urgence et dans les quarante-huit heures, un plan en vue de
constituer, avec l'assentiment des nations intéressées, une force internationale des Nations Unies pour
assurer et surveiller la cessation des hostilités conformément à la résolution du 2 novembre ». Mis au vote,
son projet a été adopté sans opposition par cinquante-sept voix et dix-neuf abstentions (y compris les pays
socialistes).
Conformément à cette décision, M. Hammarskjôld a exposé, le 5 novembre, les grandes lignes d'un plan
d'organisation d'une force armée internationale. Ses propositions ont ensuite fait l'objet d'une
recommandation présentée par le représentant de la Norvège, au nom de son pays, du Canada et de la
Colombie
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. Soumise à l'approbation de l'Assemblée, elle a reçu un accueil favorable dans l'ensemble.
Toutefois, le représentant de l'URSS, Arkadij Soboljev, exprime des doutes sur la nécessité de créer une
force internationale. A son avis, il suffirait d'ordonner « aux agresseurs de l'Egypte » un retrait inconditionnel.
En revanche, Cabot Lodge approuve sans condition le projet norvégien. Celui-ci est immédiatement mis aux
voix, en dépit des protestations des représentants français et britanniques, qui demandent un délai pour
obtenir des instructions de leurs gouvernements. Cinquante-sept Etats se sont prononcés en sa faveur, et
les mêmes dix-neuf, comme lors du vote précédent, se sont abstenus.
Enfin, le 5 novembre, quelques heures à peine après le débarquement à Port-Saïd, les gouvernements
de Londres et de Paris annoncent que la France et la Grande-Bretagne cesseront toute action militaire
« aussitôt que les gouvernements israélien et égyptien auront donné leur acceptation à un plan instituant
une force internationale ». Dans la soirée du même jour, l'Egypte informe le secrétaire général des
Nations Unies qu'elle donne son accord à la résolution prévoyant la création d'une force armée
internationale. Celle-ci, précise-t-elle, devrait être chargée « d'empêcher la poursuite des hostilités entre
l'Egypte et Israël, d'assurer le prompt retrait des forces israéliennes, de rétablir la circulation à travers le
canal de Suez et de promouvoir une solution des problèmes de la région ». Pour éviter le retour « à un
système qui, dans le Proche-Orient, a conduit au chaos », la note égyptienne suggère la convocation du
Conseil de sécurité, au niveau des ministres, « en vue d'élaborer un règlement international susceptible
d'être permanent ». En même temps, Israël notifie au secrétaire général des Nations Unies qu'il accepte
également la résolution.
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Cette résolution a prévu notamment la création d' * un commandement des Nations Unies + pour une force
internationale d'urgence chargée d'assurer et de surveiller la cessation des hostilités conformément à toutes les
dispositions de la résolution de l'Assemblée générale du 2 novembre 1956. Elle désigne le général Burns comme chef
de ce commandement et l'autorise à recruter immédiatement des officiers dans tous les Etats qui ne sont pas * membres
permanents du Conseil de sécurité +.
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