
VICTOR SEGESVARY : LE RÉALISME KHROUCHTCHÉVIEN — Première partie. La nouvelle approche politique -
- Chapitre III. Soutien inconditionnel et ouvert au nationalisme arabe-
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décisive, en juillet 1955, par le chef de la diplomatie soviétique, Chepilov, lui-même. Les puissances
occidentales sont conscientes et soucieuses des tractations soviéto-égyptiennes et le secrétaire d'Etat
Dulles déclare lors d'une conférence de presse, à fin août, qu'il est au courant de l'offre soviétique
concernant l'armement et l'équipement militaires des armées arabes, mais il exprime l'espoir que cette offre
ne sera pas acceptée
13
.
Après de laborieuses tractations, les représentants américains se montrent enclins, au mois d'août, à
livrer des armes d'une valeur d'environ 27 millions de dollars à l'Egypte. Toutefois, aucun accord n'a été
signé, car les deux parties divergent quant aux modalités de paiement
14
.
La décision égyptienne a été prise autour du 20 septembre, et l'accord est conclu entre l'Egypte et la
Tchécoslovaquie. Cette dernière a sûrement été utilisée comme intermédiaire, les Soviétiques connaissant
la susceptibilité occidentale et prévoyant que dans l'orage qui suivrait la première livraison d'armes
communistes au Proche-Orient, leur position serait beaucoup plus confortable vis-à-vis des Occidentaux, et
face aux cercles et gouvernements réticents des pays arabes eux-mêmes, s'ils n'étaient pas partie dans
cette affaire. Comme les négociations qui ont précédé cet accord égypto-tchèque ont été menées
exclusivement par les Soviétiques et comme les offres successives faites aux autres pays arabes viennent
pour la plupart de l'URSS, on peut affirmer, même sans preuves écrites, que le rôle des Tchèques leur a été
assigné par Moscou.
L'accord complet égypto-tchèque n'a jamais été publié in extenso. Il est connu qu'il concerne la livraison
de quantités considérables d'avions de chasse à réaction, du type MIG, de bombardiers à réaction type
IL-28, de chars, de véhicules blindés, de canons de tous les calibres, de canons antiaériens automatiques,
de canons légers antichar, de mitrailleuses, de bazookas, etc. Le paiement doit se faire en grande partie en
produits égyptiens, surtout en coton ; le remboursement en espèces n'est pas considérable. L'accord
représente en effet une sorte de troc : une série d'armes contre une quantité fixe de coton ; le prix des
différentes unités n'est pas indiqué ; seuls les totaux ont été fixés. La livraison de coton égyptien a été
répartie sur un certain nombre d'années, une livraison annuelle ne pouvait pas excéder 5 % de l'exportation
égyptienne du coton. Il est très hasardeux de faire des estimations sur la valeur totale de la livraison tchèque
de l'automne de 1955 — certains donnent le chiffre de 80 millions à 150 millions de dollars
15
—, car une
partie des armes fournies à l'Egypte étaient déjà périmées à l'époque de la livraison. Ce qui est certain, c'est
que les prix fixés sont de beaucoup inférieurs aux prix originaux. Il est donc clair que, pour Moscou, l'affaire
des armes livrées à l'Egypte n'est pas du tout une affaire commerciale, mais en premier lieu un geste
politique à l'adresse du nationalisme arabe
16
.
Au cours des années suivantes, l'Egypte a reçu du bloc soviétique, surtout de l'URSS, des armes et des
équipements militaires au fur et à mesure qu'elle en a eu besoin. Les accords n'ont jamais été publiés, mais
des informations paraissant dans les journaux égyptiens ou étrangers, en particulier dans les journaux
israéliens qui suivent avec une attention alarmée toutes les nouvelles livraisons, donnent certaines
indications
17
. Le rythme de fourniture des armes soviétiques à l'Egypte suit naturellement les fluctuations
des relations politiques entre celle-ci et l'URSS.
l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan). Solod a été nommé chef adjoint de la première division. Après 1960, il part pour
l'Afrique en tant que ministre à Conakry.
13
DSB, 31 octobre 1955, pp. 688-689.
14
DALLIN, op. cit. p. 394.
15
Différentes estimations sont données dans le Middle Eastern Journal, (désormais : ME Journal) hiver 1955, p. 65 ;
Washington Star, 11 mai 1956 et 2 septembre 1956 ; Foreign Assistance Activities of the Communist Bloc and their
implications for the United States, Washington Government Printing office, 1957 (désormais : Foreign Assistance
Activities), p. 92. LAQUEUR parle d'un montant de 300 millions à 350 millions de dollars dans son article publié par le
Problems of Communism, 1957, N° 4, p. 22, tandis que le ME Aff février 1957, p. 77, estime la valeur de la transaction
de l'automne 1955 à 100 millions à 250 millions de dollars.
16
DALLIN, op. cit. p. 395.
17
Al Davar, de Tel Aviv, AW, 17 février 1956 ; journaux libanais, AW, 12 novembre 1956. En outre, pour l'année 1956 :
Journal American. 2 mai ; Washington Star, 11 mai et 2 septembre; The New York Times, 11 juin et 17 août ;
Washington Post et Times-Herald, 11 juillet ; Jerusalem Post, 19 août. Pour 1957 : The New York Times, 7 février,
19, 21 et 22 juin ; New York Herald Tribune, 10 avril ; Christian Science Monitor, 20 juin.
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